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 LE BOURGEOIS GENTILHOMME.acte4/oumelbanine2011

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مُساهمةموضوع: LE BOURGEOIS GENTILHOMME.acte4/oumelbanine2011   LE BOURGEOIS GENTILHOMME.acte4/oumelbanine2011 Emptyالثلاثاء 19 أبريل 2011 - 3:01

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ACTE IV, SCÈNE PREMIÈRE

DORANTE, DORIMÈNE, MONSIEUR JOURDAIN, DEUX MUSICIENS, UNE MUSICIENNE, LAQUAIS.

DORIMÈNE.— Comment, Dorante, voilà un repas tout à fait magnifique!

MONSIEUR JOURDAIN.— Vous vous moquez, Madame, et je voudrais qu'il fût plus digne de vous être offert.

Tous se mettent à table.

DORANTE.— Monsieur Jourdain a raison, Madame, de parler de la sorte, et il m'oblige de vous faire si bien les honneurs de chez lui. Je demeure d'accord avec lui, que le repas n'est pas digne de vous. Comme c'est moi qui l'ai ordonné, et que je n'ai pas sur cette matière les lumières de nos amis, vous n'avez pas ici un repas fort savant, et vous y trouverez des incongruités de bonne chère, et des barbarismes de bon goût. Si Damis s'en était mêlé , tout serait dans les règles; il y aurait partout de l'élégance et de l'érudition, et il ne manquerait pas de vous exagérer lui-même toutes les pièces du repas qu'il vous donnerait, et de vous faire tomber d'accord de sa haute capacité dans la science des bons morceaux; de vous parler d'un pain de rive , à biseau doré, relevé de croûte partout, croquant tendrement sous la dent; d'un vin à sève veloutée, armé d'un vert qui n'est point trop commandant ; d'un carré de mouton gourmandé de persil:('89'); d'une longe de veau de rivière, longue comme cela, blanche, délicate, et qui sous les dents est une vraie pâte d'amande; de perdrix relevées d'un fumet surprenant; et pour son opéra:('90'), d'une soupe à bouillon perlé, soutenue d'un jeune gros dindon, cantonnéSad'91') de pigeonneaux, et couronnée d'oignons blancs, mariés avec la chicorée. Mais pour moi, je vous avoue mon ignorance; et comme Monsieur Jourdain a fort bien dit, je voudrais que le repas fût plus digne de vous être offert.

DORIMÈNE.- Je ne réponds à ce compliment, qu'en mangeant comme je fais.

MONSIEUR JOURDAIN.- Ah que voilà de belles mains!

DORIMÈNE.- Les mains sont médiocres, Monsieur Jourdain; mais vous voulez parler du diamant qui est fort beau.

MONSIEUR JOURDAIN.- Moi, Madame! Dieu me garde d'en vouloir parler; ce ne serait pas agir en galant homme, et le diamant est fort peu de chose.

DORIMÈNE.- Vous êtes bien dégoûté.

MONSIEUR JOURDAIN.- Vous avez trop de bonté...

DORANTE.- Allons, qu'on donne du vin à Monsieur Jourdain, et à ces Messieurs qui nous feront:('92') la grâce de nous chanter un air à boire.

DORIMÈNE.- C'est merveilleusement assaisonner la bonne chère, que d'y mêler la musique, et je me vois ici admirablement régalée.

MONSIEUR JOURDAIN.- Madame, ce n'est pas...

DORANTE.- Monsieur Jourdain, prêtons silence à ces Messieurs; ce qu'ils nous diront:('93'), vaudra mieux que tout ce que nous pourrions dire.

Les musiciens et la musicienne prennent des verres, chantent deux chansons à boire, et sont soutenus de toute la symphonie.

PREMIÈRE CHANSON À BOIRE

Un petit doigt, Philis, pour commencer le tour.
Ah! qu'un verre en vos mains a d'agréables charmes!
Vous, et le vin, vous vous prêtez des armes,
Et je sens pour tous deux redoubler mon amour:
Entre lui, vous et moi, jurons, jurons, ma belle,
Une ardeur éternelle.

Qu'en mouillant votre bouche il en reçoit d'attraits,
Et que l'on voit par lui votre bouche embellie!
Ah! l'un de l'autre ils me donnent envie,
Et de vous et de lui je m'enivre à longs traits:
Entre lui, vous et moi, jurons, jurons, ma belle,
Une ardeur éternelle.

SECONDE CHANSON À BOIRE

Buvons, chers amis, buvons:
Le temps qui fuit nous y convie;
Profitons de la vie
Autant que nous pouvons:
Quand on a passé l'onde noire,
Adieu le bon vin, nos amours;
Dépêchons-nous de boire,
On ne boit pas toujours.

Laissons raisonner les sots
Sur le vrai bonheur de la vie;
Notre philosophie
Le met parmi les pots:
Les biens, le savoir et la gloire,
N'ôtent point les soucis fâcheux;
Et ce n'est qu'à bien boire
Que l'on peut être heureux:('94').

Sus, sus du vin partout, versez, garçons versez,
Versez, versez toujours, tant qu'on vous dise assez.

DORIMÈNE.- Je ne crois pas qu'on puisse mieux chanter, et cela est tout à fait beau.

MONSIEUR JOURDAIN.- Je vois encore ici, Madame, quelque chose de plus beau.

DORIMÈNE.- Ouais. Monsieur Jourdain est galant plus que je ne pensais.

DORANTE.- Comment, Madame, pour qui prenez-vous Monsieur Jourdain?

MONSIEUR JOURDAIN.- Je voudrais bien qu'elle me prît pour ce que je dirais.

DORIMÈNE.- Encore!

DORANTE.- Vous ne le connaissez pas.

MONSIEUR JOURDAIN.- Elle me connaîtra quand il lui plaira.

DORIMÈNE.- Oh je le quitte.

DORANTE.- Il est homme qui a toujours la riposte en main. Mais vous ne voyez pas que Monsieur Jourdain, Madame, mange tous les morceaux que vous touchez:('95').

DORIMÈNE.- Monsieur Jourdain est un homme qui me ravit.

MONSIEUR JOURDAIN.- Si je pouvais ravir votre cœur, je serais...



SCÈNE II

MADAME JOURDAIN, MONSIEUR JOURDAIN, DORIMÈNE, DORANTE, MUSICIENS, MUSICIENNE, LAQUAIS.

MADAME JOURDAIN.- Ah, ah, je trouve ici bonne compagnie, et je vois bien qu'on ne m'y attendait pas. C'est donc pour cette belle affaire-ci, Monsieur mon mari, que vous avez eu tant d'empressement à m'envoyer dîner chez ma sœur? Je viens de voir un théâtre là-bas:('96'), et je vois ici un banquet à faire noces. Voilà comme vous dépensez votre bien, et c'est ainsi que vous festinez les dames en mon absence, et que vous leur donnez la musique et la comédie, tandis que vous m'envoyez promener?

DORANTE.- Que voulez-vous dire, Madame Jourdain? et quelles fantaisies sont les vôtres, de vous aller mettre en tête que votre mari dépense son bien, et que c'est lui qui donne ce régale à Madame? Apprenez que c'est moi, je vous prie; qu'il ne fait seulement que me prêter sa maison, et que vous devriez un peu mieux regarder aux choses que vous dites.

MONSIEUR JOURDAIN.- Oui, impertinente, c'est Monsieur le Comte qui donne tout ceci à Madame, qui est une personne de qualité. Il me fait l'honneur de prendre ma maison, et de vouloir que je sois avec lui.

MADAME JOURDAIN.- Ce sont des chansons que cela; je sais ce que je sais.

DORANTE.- Prenez, Madame Jourdain, prenez de meilleures lunettes.

MADAME JOURDAIN.- Je n'ai que faire de lunettes, Monsieur, et je vois assez clair; il y a longtemps que je sens les choses, et je ne suis pas une bête. Cela est fort vilain à vous, pour un grand seigneur, de prêter la main comme vous faites aux sottises de mon mari. Et vous, Madame, pour une grande Dame, cela n'est ni beau, ni honnête à vous, de mettre de la dissension dans un ménage, et de souffrir que mon mari soit amoureux de vous.

DORIMÈNE.- Que veut donc dire tout ceci? Allez, Dorante, vous vous moquez, de m'exposer aux sottes visions de cette extravagante.

DORANTE.- Madame, holà Madame, où courez-vous?

MONSIEUR JOURDAIN.- Madame. Monsieur le Comte, faites-lui excuses, et tâchez de la ramener. Ah, impertinente que vous êtes, voilà de vos beaux faits; vous me venez faire des affronts devant tout le monde, et vous chassez de chez moi des personnes de qualité.

MADAME JOURDAIN.- Je me moque de leur qualité.

MONSIEUR JOURDAIN.- Je ne sais qui me tient, maudite, que je ne vous fende la tête avec les pièces du repas que vous êtes venue troubler.

On ôte la table.

MADAME JOURDAIN, sortant.- Je me moque de cela. Ce sont mes droits que je défends, et j'aurai pour moi toutes les femmes.

MONSIEUR JOURDAIN.- Vous faites bien d'éviter ma colère. Elle est arrivée là bien malheureusement. J'étais en humeur de dire de jolies choses, et jamais je ne m'étais senti tant d'esprit. Qu'est-ce que c'est que cela?



SCÈNE III

COVIELLE, déguisé en voyageur, MONSIEUR JOURDAIN, LAQUAIS.

COVIELLE.- Monsieur, je ne sais pas si j'ai l'honneur d'être connu de vous.

MONSIEUR JOURDAIN.- Non, Monsieur.

COVIELLE.- Je vous ai vu que vous n'étiez pas plus grand que cela.

MONSIEUR JOURDAIN.- Moi!

COVIELLE.- Oui, vous étiez le plus bel enfant du monde, et toutes les dames vous prenaient dans leurs bras pour vous baiser.

MONSIEUR JOURDAIN.- Pour me baiser!

COVIELLE.- Oui. J'étais grand ami de feu Monsieur votre père.

MONSIEUR JOURDAIN.- De feu Monsieur mon père!

COVIELLE.- Oui. C'était un fort honnête gentilhomme.

MONSIEUR JOURDAIN.- Comment dites-vous?

COVIELLE.- Je dis que c'était un fort honnête gentilhomme.

MONSIEUR JOURDAIN.- Mon père!

COVIELLE.- Oui.

MONSIEUR JOURDAIN.- Vous l'avez fort connu?

COVIELLE.- Assurément.

MONSIEUR JOURDAIN.- Et vous l'avez connu pour gentilhomme?

COVIELLE.- Sans doute.

MONSIEUR JOURDAIN.- Je ne sais donc pas comment le monde est fait.

COVIELLE.- Comment?

MONSIEUR JOURDAIN.- Il y a de sottes gens qui me veulent dire qu'il a été marchand.

COVIELLE.- Lui marchand! C'est pure médisance, il ne l'a jamais été. Tout ce qu'il faisait, c'est qu'il était fort obligeant, fort officieux; et comme il se connaissait fort bien en étoffes, il en allait choisir de tous les côtés, les faisait apporter chez lui, et en donnait à ses amis pour de l'argent.

MONSIEUR JOURDAIN.- Je suis ravi de vous connaître, afin que vous rendiez ce témoignage-là que mon père était gentilhomme.

COVIELLE.- Je le soutiendrai devant tout le monde.

MONSIEUR JOURDAIN.- Vous m'obligerez. Quel sujet vous amène?

COVIELLE.- Depuis avoir connu feu Monsieur votre père honnête gentilhomme, comme je vous ai dit, j'ai voyagé par tout le monde.

MONSIEUR JOURDAIN.- Par tout le monde!

COVIELLE.- Oui.

MONSIEUR JOURDAIN.- Je pense qu'il y a bien loin en ce pays-là.

COVIELLE.- Assurément. Je ne suis revenu de tous mes longs voyages que depuis quatre jours; et par l'intérêt que je prends à tout ce qui vous touche, je viens vous annoncer la meilleure nouvelle du monde.

MONSIEUR JOURDAIN.- Quelle?

COVIELLE.- Vous savez que le fils du Grand Turc est ici?

MONSIEUR JOURDAIN.- Moi? Non.

COVIELLE.- Comment! Il a un train tout à fait magnifique; tout le monde le va voir, et il a été reçu en ce pays comme un seigneur d'importance.

MONSIEUR JOURDAIN.- Par ma foi, je ne savais pas cela.

COVIELLE.- Ce qu'il y a d'avantageux pour vous, c'est qu'il est amoureux de votre fille.

MONSIEUR JOURDAIN.- Le fils du Grand Turc?

COVIELLE.- Oui; et il veut être votre gendre.

MONSIEUR JOURDAIN.- Mon gendre, le fils du Grand Turc!

COVIELLE.- Le fils du Grand Turc votre gendre. Comme je le fus voir, et que j'entends parfaitement sa langue, il s'entretint avec moi; et après quelques autres discours, il me dit. Acciam croc soler ouch alla moustaph gidelum amanahem varahini oussere carbulath, c'est-à-dire; "N'as-tu point vu une jeune belle personne, qui est la fille de Monsieur Jourdain, gentilhomme parisien:('97')?"

MONSIEUR JOURDAIN.- Le fils du Grand Turc dit cela de moi?

COVIELLE.- Oui. Comme je lui eus répondu que je vous connaissais particulièrement, et que j'avais vu votre fille: "Ah, me dit-il, marababa sahem"; c'est-à-dire, "Ah que je suis amoureux d'elle!"

MONSIEUR JOURDAIN.- Marababa sahem veut dire "Ah que je suis amoureux d'elle"?

COVIELLE.- Oui.

MONSIEUR JOURDAIN.- Par ma foi, vous faites bien de me le dire, car pour moi je n'aurais jamais cru que marababa sahem eût voulu dire, "Ah que je suis amoureux d'elle!" Voilà une langue admirable, que ce turc!

COVIELLE.- Plus admirable qu'on ne peut croire. Savez-vous bien ce que veut dire cacaracamouchen?

MONSIEUR JOURDAIN.- Cacaracamouchen? Non.

COVIELLE.- C'est-à-dire, "Ma chère âme."

MONSIEUR JOURDAIN.- Cacaracamouchen veut dire, "ma chère âme"?

COVIELLE.- Oui.

MONSIEUR JOURDAIN.- Voilà qui est merveilleux! Cacaracamouchen, "Ma chère âme." Dirait-on jamais cela? Voilà qui me confond.

COVIELLE.- Enfin, pour achever mon ambassade, il vient vous demander votre fille en mariage; et pour avoir un beau-père qui soit digne de lui, il veut vous faire mamamouchi, qui est une certaine grande dignité de son pays.

MONSIEUR JOURDAIN.- Mamamouchi?

COVIELLE.- Oui, Mamamouchi: c'est-à-dire en notre langue, paladin:('98'). Paladin, ce sont de ces anciens... Paladin enfin. Il n'y a rien de plus noble que cela dans le monde; et vous irez de pair avec les plus grands seigneurs de la terre.

MONSIEUR JOURDAIN.- Le fils du Grand Turc m'honore beaucoup, et je vous prie de me mener chez lui, pour lui en faire:('99') mes remerciements.

COVIELLE.- Comment? le voilà qui va venir ici.

MONSIEUR JOURDAIN.- Il va venir ici?

COVIELLE.- Oui; et il amène toutes choses pour la cérémonie de votre dignité.

MONSIEUR JOURDAIN.- Voilà qui est bien prompt.

COVIELLE.- Son amour ne peut souffrir aucun retardement.

MONSIEUR JOURDAIN.- Tout ce qui m'embarrasse ici, c'est que ma fille est une opiniâtre, qui s'est allée mettre dans la tête un certain Cléonte, et elle jure de n'épouser personne que celui-là.

COVIELLE.- Elle changera de sentiment, quand elle verra le fils du Grand Turc; et puis il se rencontre ici une aventure merveilleuse, c'est que le fils du Grand Turc ressemble à ce Cléonte, à peu de chose près. Je viens de le voir, on me l'a montré; et l'amour qu'elle a pour l'un, pourra passer aisément à l'autre, et... Je l'entends venir; le voilà.



SCÈNE IV

CLÉONTE en Turc, avec trois pages portant sa veste:('100'), MONSIEUR JOURDAIN, COVIELLE déguisé.

CLÉONTE.- Ambousahim oqui boraf, Iordina salamalequi.

COVIELLE.- C'est-à-dire: "Monsieur Jourdain, votre cœur soit toute l'année comme un rosier fleuri:('101')." Ce sont façons de parler obligeantes de ces pays-là.

MONSIEUR JOURDAIN.- Je suis très humble serviteur de Son Altesse Turque.

COVIELLE.- Carigar camboto oustin moraf.

CLÉONTE.- Oustin yoc catamalequi basum base alla moran.

COVIELLE.- Il dit "que le Ciel vous donne la force des lions, et la prudence des serpents".

MONSIEUR JOURDAIN.- Son Altesse Turque m'honore trop, et je lui souhaite toutes sortes de prospérités.

COVIELLE.- Ossa binamen sadoc babally oracaf ouram.

CLÉONTE.- Bel-men.

COVIELLE.- Il dit que vous alliez vite avec lui vous préparer pour la cérémonie, afin de voir ensuite votre fille, et de conclure le mariage.

MONSIEUR JOURDAIN.- Tant de choses en deux mots?

COVIELLE.- Oui, la langue turque est comme cela, elle dit beaucoup en peu de paroles. Allez vite où il souhaite.



SCÈNE V

DORANTE, COVIELLE.

COVIELLE.- Ha, ha, ha. Ma foi, cela est tout à fait drôle. Quelle dupe! Quand il aurait appris son rôle par cœur, il ne pourrait pas le mieux jouer. Ah, ah. Je vous prie, Monsieur, de nous vouloir aider céans dans une affaire qui s'y passe.

DORANTE.- Ah, ah, Covielle, qui t'aurait reconnu? Comme te voilà ajusté!

COVIELLE.- Vous voyez. Ah, ah.

DORANTE.- De quoi ris-tu?

COVIELLE.- D'une chose, Monsieur, qui la mérite bien:('102').

DORANTE.- Comment?

COVIELLE.- Je vous le donnerais en bien des fois, Monsieur, à deviner, le stratagème dont nous nous servons auprès de Monsieur Jourdain, pour porter son esprit à donner sa fille à mon maître.

DORANTE.- Je ne devine point le stratagème, mais je devine qu'il ne manquera pas de faire son effet, puisque tu l'entreprends.

COVIELLE.- Je sais, Monsieur, que la bête:('103') vous est connue.

DORANTE.- Apprends-moi ce que c'est.

COVIELLE.- Prenez la peine de vous tirer un peu plus loin, pour faire place à ce que j'aperçois venir. Vous pourrez voir une partie de l'histoire, tandis que je vous conterai le reste.

La cérémonie turque pour ennoblir le Bourgeois, se fait en dance et en musique, et compose le quatrième intermède.

Le Mufti, quatre Dervis, six turcs dansant, six turcs musiciens, et autres joueurs d'instruments à la turque, sont les acteurs de cette cérémonie.

LE MUFTI

Se ti sabir,
Ti respondir
Se non sabir
Tazir, tazir.

Mi star Mufti
Ti qui star ti
Non intendir
Tazir, tazir.

Le Mufti demande en même langue aux Turcs assistants, de quelle religion est le Bourgeois, et ils l'assurent qu'il est mahométan. Le Mufti invoque Mahomet en langue franque, et chante les paroles qui suivent.

LE MUFTI

Mahameta per Giourdina
Mi pregar sera e mattina
Voler far un Paladina
De Giourdina, de Giourdina.
Dar turbanta, é edar scarcina
Con galera e brigantina
Per deffender Palestina.
Mahameta, etc.

Le Mufti demande aux Turcs si le Bourgeois sera ferme dans la religion mahométane, et leur chante ces paroles.

LE MUFTI

Star bon Turca Giourdina.

LES TURCS

Hi valla.

LE MUFTI danse et chante ces mots.

Hu la ba ba la chou ba la ba ba la da.

Les Turcs répondent les mêmes vers.
Le Mufti propose de donner le turban au Bourgeois, et chante les paroles qui suivent.

LE MUFTI s'adressant au Bourgeois.

Ti non star furba.

LES TURCS

No, no, no.

LE MUFTI

Non star forfanta?

LES TURCS

No, no, no.

LE MUFTI aux Turcs.

Donar turbanta. Donar turbanta.

Les Turcs répètent tout ce qu'a dit le Mufti pour donner le turban au Bourgeois. Le Mufti et les Dervis se coiffent avec des turbans de cérémonies, et l'on présente au Mufti l'Alcoran, qui fait une seconde invocation avec tout le reste des turcs assistants; après son invocation il donne au Bourgeois l'épée, et chante ces paroles.

LE MUFTI

Ti star nobile, non star fabola.
Pigliar schiabola.

Puis il se retire.

Les Turcs répètent les mêmes vers, mettant tous le sabre à la main, et six d'entre eux dansent autour du Bourgeois, auquel ils feignent de donner plusieurs coups de sabre.

LE MUFTI commande aux Turcs de bâtonner
le Bourgeois, et chante les paroles qui suivent.

Dara, dara,
bastonara, bastonara.

Les Turcs répètent les mêmes vers, et lui donnent plusieurs coups de bâton en cadence.

LE MUFTI

Non tener honta
Questa star l'ultima affronta.

Les Turcs répètent les mêmes vers.

Le Mufti recommence une invocation et se retire après la cérémonie avec tous les Turcs, en dansant et chantant avec plusieurs instruments à la turque.

ACTE V, SCÈNE PREMIÈRE

MADAME JOURDAIN, MONSIEUR JOURDAIN.

MADAME JOURDAIN.- Ah mon Dieu, miséricorde! Qu'est-ce que c'est donc que cela? Quelle figure! Est-ce un momon que vous allez porter:('104'); et est-il temps d'aller en masque? Parlez donc, qu'est-ce que c'est que ceci? Qui vous a fagoté comme cela?

MONSIEUR JOURDAIN.- Voyez l'impertinente, de parler de la sorte à un Mamamouchi!

MADAME JOURDAIN.- Comment donc?

MONSIEUR JOURDAIN.- Oui, il me faut porter du respect maintenant, et l'on vient de me faire Mamamouchi.

MADAME JOURDAIN.- Que voulez-vous dire avec votre Mamamouchi?

MONSIEUR JOURDAIN.- Mamamouchi, vous dis-je. Je suis Mamamouchi.

MADAME JOURDAIN.- Quelle bête est-ce là?

MONSIEUR JOURDAIN.- Mamamouchi, c'est-à-dire en notre langue, Paladin.

MADAME JOURDAIN.- Baladin! Ètes-vous en âge de danser des ballets?

MONSIEUR JOURDAIN.- Quelle ignorante! Je dis Paladin; c'est une dignité dont on vient de me faire la cérémonie.

MADAME JOURDAIN.- Quelle cérémonie donc?

MONSIEUR JOURDAIN.- Mahameta per Iordina.

MADAME JOURDAIN.- Qu'est-ce que cela veut dire?

MONSIEUR JOURDAIN.- Iordina, c'est-à-dire Jourdain.

MADAME JOURDAIN.- Hé bien quoi, Jourdain?

MONSIEUR JOURDAIN.- Voler far un Paladina de Iordina.

MADAME JOURDAIN.- Comment?

MONSIEUR JOURDAIN.- Dar turbanta con galera.

MADAME JOURDAIN.- Qu'est-ce à dire cela?

MONSIEUR JOURDAIN.- Per deffender Palestina.

MADAME JOURDAIN.- Que voulez-vous donc dire?

MONSIEUR JOURDAIN.- Dara dara bastonara.

MADAME JOURDAIN.- Qu'est-ce donc que ce jargon-là?

MONSIEUR JOURDAIN.- Non tener honta questa star l'ultima affronta.

MADAME JOURDAIN.- Qu'est-ce que c'est donc que tout cela?

MONSIEUR JOURDAIN danse et chante.- Hou la ba ba la chou ba la ba ba la da:('105').

MADAME JOURDAIN.- Hélas, mon Dieu, mon mari est devenu fou.

MONSIEUR JOURDAIN, sortantHREF=Sad'106') CLASS=varlink*.- Paix, insolente, portez respect à Monsieur le Mamamouchi.

MADAME JOURDAIN.- Où est-ce qu'il a donc perdu l'esprit? Courons l'empêcher de sortir. Ah, ah, voici justement le reste de notre écu:('107'). Je ne vois que chagrin de tous côtés.

Elle sort.



SCÈNE II

DORANTE, DORIMÈNE.

DORANTE.- Oui, Madame, vous verrez la plus plaisante chose qu'on puisse voir; et je ne crois pas que dans tout le monde il soit possible de trouver encore un homme aussi fou que celui-là: et puis, Madame, il faut tâcher de servir l'amour de Cléonte, et d'appuyer toute sa mascarade. C'est un fort galant homme, et qui mérite que l'on s'intéresse pour lui.

DORIMÈNE.- J'en fais beaucoup de cas, et il est digne d'une bonne fortune:('108').

DORANTE.- Outre cela, nous avons ici, Madame, un ballet qui nous revient, que nous ne devons pas laisser perdre, et il faut bien voir si mon idée pourra réussir.

DORIMÈNE.- J'ai vu là des apprêts magnifiques, et ce sont des choses, Dorante, que je ne puis plus souffrir. Oui, je veux enfin vous empêcher vos profusions; et pour rompre le cours à toutes les dépenses que je vous vois faire pour moi, j'ai résolu de me marier promptement avec vous. C'en est le vrai secret, et toutes ces choses finissent avec le mariage:('109').

DORANTE.- Ah! Madame, est-il possible que vous ayez pu prendre pour moi une si douce résolution?

DORIMÈNE.- Ce n'est que pour vous empêcher de vous ruiner; et sans cela je vois bien qu'avant qu'il fût peu, vous n'auriez pas un sou.

DORANTE.- Que j'ai d'obligation, Madame, aux soins que vous avez de conserver mon bien! Il est entièrement à vous, aussi bien que mon cœur, et vous en userez de la façon qu'il vous plaira.

DORIMÈNE.- J'userai bien de tous les deux. Mais voici votre homme; la figure en est admirable.



SCÈNE III

MONSIEUR JOURDAIN, DORANTE, DORIMÈNE.

DORANTE.- Monsieur, nous venons rendre hommage, Madame, et moi, à votre nouvelle dignité, et nous réjouir avec vous du mariage que vous faites de votre fille avec le fils du Grand Turc.

MONSIEUR JOURDAIN, après avoir fait les révérences à la turqueHREF=Sad'110') CLASS=DICOLINK*.- Monsieur, je vous souhaite la force des serpents, et la prudence des lions.

DORIMÈNE.- J'ai été bien aise d'être des premières, Monsieur, à venir vous féliciter du haut degré de gloire où vous êtes monté.

MONSIEUR JOURDAIN.- Madame, je vous souhaite toute l'année votre rosier fleuri; je vous suis infiniment obligé de prendre part aux honneurs qui m'arrivent, et j'ai beaucoup de joie de vous voir revenue ici pour vous faire les très humbles excuses de l'extravagance de ma femme.

DORIMÈNE.- Cela n'est rien, j'excuse en elle un pareil mouvement; votre cœur lui doit être précieux, et il n'est pas étrange que la possession d'un homme comme vous puisse inspirer quelques alarmes.

MONSIEUR JOURDAIN.- La possession de mon cœur est une chose qui vous est toute acquise.

DORANTE.- Vous voyez, Madame, que Monsieur Jourdain n'est pas de ces gens que les prospérités aveuglent, et qu'il sait dans sa gloire:('111') connaître encore ses amis.

DORIMÈNE.- C'est la marque d'une âme tout à fait généreuse.

DORANTE.- Où est donc Son Altesse Turque? Nous voudrions bien, comme vos amis, lui rendre nos devoirs.

MONSIEUR JOURDAIN.- Le voilà qui vient, et j'ai envoyé quérir ma fille pour lui donner la main.



SCÈNE IV

CLÉONTE, COVIELLE, MONSIEUR JOURDAIN, etc.

DORANTE.- Monsieur, nous venons faire la révérence à Votre Altesse, comme amis de Monsieur votre beau-père, et l'assurer avec respect de nos très humbles services.

MONSIEUR JOURDAIN.- Où est le truchement, pour lui dire qui vous êtes, et lui faire entendre ce que vous dites. Vous verrez qu'il vous répondra, et il parle turc à merveille. Holà, où diantre est-il allé? (À Cléonte.) Strouf, strif, strof, straf. Monsieur est un grande segnore, grande segnore, grande segnore; et Madame une granda Dama, granda Dama. Ahi lui, Monsieur, lui Mamamouchi français, et Madame Mamamouchie française. Je ne puis pas parler plus clairement. Bon, voici l'interprète. Où allez-vous donc? Nous ne saurions rien dire sans vous. Dites-lui un peu que Monsieur et Madame sont des personnes de grande qualité, qui lui viennent faire la révérence, comme mes amis, et l'assurer de leurs services. Vous allez voir comme il va répondre.

COVIELLE.- Alabala crociam acci boram alabamen.

CLÉONTE.- Catalequi tubal ourin soter amalouchan.

MONSIEUR JOURDAIN.- Voyez-vous?

COVIELLE.- Il dit que la pluie des prospérités arrose en tout temps le jardin de votre famille.

MONSIEUR JOURDAIN.- Je vous l'avais bien dit, qu'il parle turc.

DORANTE.- Cela est admirable.



SCÈNE V

LUCILE, MONSIEUR JOURDAIN, DORANTE, DORIMÈNE, etc.

MONSIEUR JOURDAIN.- Venez, ma fille, approchez-vous, et venez donner votre main à Monsieur, qui vous fait l'honneur de vous demander en mariage.

LUCILE.- Comment, mon père, comme vous voilà fait! Est-ce une comédie que vous jouez?

MONSIEUR JOURDAIN.- Non, non, ce n'est pas une comédie, c'est une affaire fort sérieuse, et la plus pleine d'honneur pour vous qui se peut souhaiter. Voilà le mari que je vous donne.

LUCILE.- À moi, mon père!

MONSIEUR JOURDAIN.- Oui à vous, allons, touchez-lui dans la main:('112'), et rendez grâce au Ciel de votre bonheur.

LUCILE.- Je ne veux point me marier.

MONSIEUR JOURDAIN.- Je le veux moi, qui suis votre père.

LUCILE.- Je n'en ferai rien.

MONSIEUR JOURDAIN.- Ah que de bruit. Allons, vous dis-je. Çà votre main.

LUCILE.- Non, mon père, je vous l'ai dit, il n'est point de pouvoir qui me puisse obliger à prendre un autre mari que Cléonte; et je me résoudrai plutôt à toutes les extrémités, que de... (Reconnaissant Cléonte.) il est vrai que vous êtes mon père, je vous dois entière obéissance; et c'est à vous à disposer de moi selon vos volontés.

MONSIEUR JOURDAIN.- Ah je suis ravi de vous voir si promptement revenue dans votre devoir; et voilà qui me plaît, d'avoir une fille obéissante.



SCÈNE DERNIÈRE

MADAME JOURDAIN, MONSIEUR JOURDAIN, CLÉONTE, etc.

MADAME JOURDAIN.- Comment donc, qu'est-ce que c'est que ceci? On dit que vous voulez donner votre fille en mariage à un carême-prenant:('113').

MONSIEUR JOURDAIN.- Voulez-vous vous taire, impertinente? Vous venez toujours mêler vos extravagances à toutes choses, et il n'y a pas moyen de vous apprendre à être raisonnable.

MADAME JOURDAIN.- C'est vous qu'il n'y a pas moyen de rendre sage, et vous allez de folie en folie. Quel est votre dessein, et que voulez-vous faire avec cet assemblage:('114')?

MONSIEUR JOURDAIN.- Je veux marier notre fille avec le fils du Grand Turc.

MADAME JOURDAIN.- Avec le fils du Grand Turc!

MONSIEUR JOURDAIN.- Oui, faites-lui faire vos compliments par le truchement que voilà.

MADAME JOURDAIN.- Je n'ai que faire du truchement, et je lui dirai bien moi-même à son nez, qu'il n'aura point ma fille.

MONSIEUR JOURDAIN.- Voulez-vous vous taire, encore une fois?

DORANTE.- Comment, Madame Jourdain, vous vous opposez à un bonheur comme celui-là? Vous refusez Son Altesse Turque pour gendre?

MADAME JOURDAIN.- Mon Dieu, Monsieur, mêlez-vous de vos affaires.

DORIMÈNE.- C'est une grande gloire, qui n'est pas à rejeter.

MADAME JOURDAIN.- Madame, je vous prie aussi de ne vous point embarrasser de ce qui ne vous touche pas.

DORANTE.- C'est l'amitié que nous avons pour vous, qui nous fait intéresser dans vos avantages:('115').

MADAME JOURDAIN.- Je me passerai bien de votre amitié.

DORANTE.- Voilà votre fille qui consent aux volontés de son père.

MADAME JOURDAIN.- Ma fille consent à épouser un Turc?

DORANTE.- Sans doute.

MADAME JOURDAIN.- Elle peut oublier Cléonte?

DORANTE.- Que ne fait-on pas pour être grand'dame?

MADAME JOURDAIN.- Je l'étranglerais de mes mains, si elle avait fait un coup comme celui-là.

MONSIEUR JOURDAIN.- Voilà bien du caquet. Je vous dis que ce mariage-là se fera.

MADAME JOURDAIN.- Je vous dis, moi, qu'il ne se fera point.

MONSIEUR JOURDAIN.- Ah que de bruit.

LUCILE.- Ma mère.

MADAME JOURDAIN.- Allez, vous êtes une coquine.

MONSIEUR JOURDAIN.- Quoi, vous la querellez, de ce qu'elle m'obéit?

MADAME JOURDAIN.- Oui, elle est à moi, aussi bien qu'à vous.

COVIELLE.- Madame...

MADAME JOURDAIN.- Que me voulez-vous conter, vous?

COVIELLE.- Un mot.

MADAME JOURDAIN.- Je n'ai que faire de votre mot.

COVIELLE, à M. Jourdain.- Monsieur, si elle veut écouter une parole en particulier, je vous promets de la faire consentir à ce que vous voulez.

MADAME JOURDAIN.- Je n'y consentirai point.

COVIELLE.- Écoutez-moi seulement.

MADAME JOURDAIN.- Non.

MONSIEUR JOURDAIN.- Écoutez-le.

MADAME JOURDAIN.- Non, je ne veux pas écouter:('116').

MONSIEUR JOURDAIN.- Il vous dira...

MADAME JOURDAIN.- Je ne veux point qu'il me dise rien.

MONSIEUR JOURDAIN.- Voilà une grande obstination de femme! Cela vous fera-t-il mal, de l'entendre?

COVIELLE.- Ne faites que m'écouter, vous ferez après ce qu'il vous plaira.

MADAME JOURDAIN.- Hé bien, quoi?

COVIELLE, à part.- Il y a une heure, Madame, que nous vous faisons signe. Ne voyez-vous pas bien que tout ceci n'est fait que pour nous ajuster aux visions de votre mari, que nous l'abusons sous ce déguisement, et que c'est Cléonte lui-même qui est le fils du Grand Turc?

MADAME JOURDAIN.- Ah, ah.

COVIELLE.- Et moi, Covielle, qui suis le truchement.

MADAME JOURDAIN.- Ah comme cela, je me rends.

COVIELLE.- Ne faites pas semblant de rien.

MADAME JOURDAIN.- Oui, voilà qui est fait, je consens au mariage.

MONSIEUR JOURDAIN.- Ah voilà tout le monde raisonnable. Vous ne vouliez pas l'écouter. Je savais bien qu'il vous expliquerait ce que c'est que le fils du Grand Turc.

MADAME JOURDAIN.- Il me l'a expliqué comme il faut, et j'en suis satisfaite. Envoyons quérir un notaire.

DORANTE.- C'est fort bien dit. Et afin, Madame Jourdain, que vous puissiez avoir l'esprit tout à fait content, et que vous perdiez aujourd'hui toute la jalousie que vous pourriez avoir conçue de Monsieur votre mari, c'est que nous nous servirons du même notaire pour nous marier Madame, et moi.

MADAME JOURDAIN.- Je consens aussi à cela.

MONSIEUR JOURDAIN.- C'est pour lui faire accroire.

DORANTE.- Il faut bien l'amuser avec cette feinte.

MONSIEUR JOURDAIN.- Bon, bon. Qu'on aille vite quérir le notaire:('117').

DORANTE.- Tandis qu'il viendra, et qu'il dressera les contrats, voyons notre ballet, et donnons-en le divertissement à Son Altesse Turque.

MONSIEUR JOURDAIN.- C'est fort bien avisé, allons prendre nos places.

MADAME JOURDAIN.- Et Nicole?

MONSIEUR JOURDAIN.- Je la donne au truchement; et ma femme, à qui la voudra.

COVIELLE.- Monsieur, je vous remercie. Si l'on en peut voir un plus fou, je l'irai dire à Rome:('118').



La comédie finit par un petit ballet qui avait été préparé.

PREMIÈRE ENTRÉE

Un homme vient donner les livres du ballet, qui d'abord est fatigué par une multitude de gens de provinces différentes, qui crient en musique pour en avoir, et par trois Importuns qu'il trouve toujours sur ses pas.

DIALOGUE DES GENS
qui en musique demandent des livres.

TOUS

À moi, Monsieur, à moi de grâce, à moi, Monsieur,
Un livre, s'il vous plaît, à votre serviteur.

HOMME DU BEL AIR

Monsieur, distinguez-nous parmi les gens qui crient.
Quelques livres ici, les dames vous en prient.

AUTRE HOMME DU BEL AIR

Holà! Monsieur, Monsieur, ayez la charité
D'en jeter de notre côté.

FEMME DU BEL AIR

Mon Dieu! qu'aux personnes bien faites,
On sait peu rendre honneur céans.

AUTRE FEMME DU BEL AIR

Ils n'ont des livres et des bancs,
Que pour Mesdames les grisettes.

GASCON

Aho! l'homme aux libres, qu'on m'en vaille,
J'ai déjà lé poumon usé,
Bous boyez qué chacun mé raille,
Et jé suis escandalisé
De boir és mains dé la canaille,
Cé qui m'est par bous refusé.

AUTRE GASCON

Eh cadédis, Monseu, boyez qui l'on pût être;
Un libret, je bous prie, au varon d'Asbarat.
Jé pense, mordy, qué lé fat
N'a pas l'honnur dé mé connaître.

LE SUISSE

Mon'-sieur le donneur de papieir,
Que veul dir sti façon de fifre,
Moy l'écorchair tout mon gosieir
À crieir,
Sans que je pouvre afoir ein lifre;
Pardy, mon foi, Mon'-sieur, je pense fous l'être ifre.

VIEUX BOURGEOIS BABILLARD

De tout ceci, franc et net,
Je suis mal satisfait;
Et cela sans doute est laid,
Que notre fille
Si bien faite et si gentille,
De tant d'amoureux l'objet,
N'ait pas à son souhait
Un livre de ballet,
Pour lire le sujet
Du divertissement qu'on fait,
Et que toute notre famille
Si proprement s'habille,
Pour être placée au sommet
De la salle, où l'on met
Les gens de Lantriguet:
De tout ceci, franc et net
Je suis mal satisfait,
Et cela sans doute est laid.

VIEILLE BOURGEOISE BABILLARDE

Il est vrai que c'est une honte,
Le sang au visage me monte,
Et ce jeteur de vers qui manque au capital,
L'entend fort mal;
C'est un brutal,
Un vrai cheval,
Franc animal,
De faire si peu de compte
D'une fille qui fait l'ornement principal
Du quartier du Palais-Royal,
Et que ces jours passés un comte
Fut prendre la première au bal.
Il l'entend mal,
C'est un brutal,
Un vrai cheval,
Franc animal.

HOMMES ET FEMMES DU BEL AIRAh! quel bruit!
Quel fracas!
Quel chaos!
Quel mélange!
Quelle confusion!
Quelle cohue étrange!
Quel désordre!
Quel embarras!
On y sèche.
L'on n'y tient pas. GASCON Bentré jé suis à vout. AUTRE GASCON J'enrage, Diou mé damne. SUISSE Ah que ly faire saif dans sty sal de cians. GASCON Jé murs. AUTRE GASCON Jé perds la tramontane. SUISSE Mon foi! moi le foudrais être hors de dedans.

VIEUX BOURGEOIS BABILLARD

Allons, ma mie,
Suivez mes pas,
Je vous en prie,
Et ne me quittez pas,
On fait de nous trop peu de cas,
Et je suis las
De ce tracas:
Tout ce fatras,
Cet embarras
Me pèse par trop sur les bras:
S'il me prend jamais envie
De retourner de ma vie
À ballet ni comédie,
Je veux bien qu'on m'estropie.
Allons, ma mie,
Suivez mes pas,
Je vous en prie,
Et ne me quittez pas,
On fait de nous trop peu de cas.

VIEILLE BOURGEOISE BABILLARDE

Allons, mon mignon, mon fils,
Regagnons notre logis,
Et sortons de ce taudis,
Où l'on ne peut être assis;
Ils seront bien ébaubis
Quand ils nous verront partis.
Trop de confusion règne dans cette salle,
Et j'aimerais mieux être au milieu de la Halle;
Si jamais je reviens à semblable régale,
Je veux bien recevoir des soufflets plus de six.
Allons, mon mignon, mon fils,
Regagnons notre logis,
Et sortons de ce taudis,
Où l'on ne peut être assis.

TOUS

À moi, Monsieur, à moi de grâce, à moi, Monsieur:
Un livre, s'il vous plaît, à votre serviteur.

SECONDE ENTRÉE

Les trois Importuns dansent.

TROISIÈME ENTRÉE

TROIS ESPAGNOLS chantent.

Sé que me muero de amor,
Y solicito el dolor.

Aun muriendo de querer
De tan buen ayre adolezco
Que es mas de lo que padezco
Lo que quiero padecer
Y no pudiendo exceder
A mi deseo el rigor.

Sé que me muero de amor,
Y solicito el dolor.

Lisonxeame la suerte
Con piedad tan advertida,
Que me assegura la vida
En el riesgo de la muerte
Vivir de su golpe fuerte
Es de mi salud primor.

Sé que, etc.

Six Espagnols dansent.

TROIS MUSICIENS ESPAGNOLS

Ay! que locura, con tanto rigor
Quexarse de Amor
Del niño bonito
Que todo es dulçura
Ay que locura,
Ay que locura.

ESPAGNOL, chantant.

El dolor solicita
El que al dolor se da
Y nadie de amor muere
Sino quien no save amar.

DEUX ESPAGNOLS

Dulce muerte es el amor
Con correspondencia ygual,
Y si esta gozamos o
Porque la quieres turbar?

UN ESPAGNOL

Alegrese enamorado
Y tome mi parecer
Que en esto de querer
Todo es hallar el vado.

TOUS TROIS ensemble.

Vaya, vaya de fiestas,
Vaya de vayle,
Alegria, alegria, alegria,
Que esto de dolor es fantasia.

QUATRIÈME ENTRÉE

ITALIENS

UNE MUSICIENNE ITALIENNE

fait le premier récit, dont voici les paroles:

Di rigori armata il seno
Contro amor mi ribella,
Ma fui vinta in un baleno
In mirar duo vaghi rai,
Ahi che resiste puoco
Cor di gelo a stral di fuoco.

Ma si caro è'l mio tormento
Dolce è sí la piaga mia,
Ch'il penare è'l mio contento,
E'l sanarmi è tirannia.
Ahi che più giova, e piace
Quanto amor è più vivace.

Après l'air que la Musicienne a chanté, deux Scaramouches, deux Trivelins et un Arlequin représentent une nuit à la manière des comédiens italiens, en cadence.
Un Musicien italien se joint à la Musicienne italienne, et chante avec elle les paroles qui suivent:

LE MUSICIEN ITALIEN

Bel tempo che vola
Rapisce il contento,
D'Amor nella scola
Si coglie il momento.

LA MUSICIENNE

Insin che florida
Ride l'età
Che pur tropp' orrida
Da noi sen và.

TOUS DEUX

Sù cantiamo,
Sù godiamo
Né bei dì di gioventù:
Perduto ben non si racquista più.

MUSICIEN

Pupilla che vaga
Mill' alme incatena,
Fà dolce la piaga
Felice la pena.

MUSICIENNE

Ma poiche frigida
Langue l'età,
Più l'alma rigida
Fiamme non ha.

TOUS DEUX

Sù cantiamo, etc.

Après le dialogue italien, les Scaramouches et Trivelins dansent une réjouissance.

CINQUIÈME ENTRÉE

FRANÇAIS

PREMIER MENUET

DEUX MUSICIENS POITEVINS
dansent, et chantent les paroles qui suivent.

Ah! qu'il fait beau dans ces bocages,
Ah! que le Ciel donne un beau jour.

AUTRE MUSICIEN

Le rossignol, sous ces tendres feuillages,
Chante aux échos son doux retour:

Ce beau séjour,
Ces doux ramages,
Ce beau séjour
Nous invite à l'amour.

SECOND MENUET

TOUS DEUX ensemble.

Vois ma Climène,
Vois sous ce chêne
S'entre-baiser ces oiseaux amoureux;
Ils n'ont rien dans leurs vœux
Qui les gêne,
De leurs doux feux
Leur âme est pleine.
Qu'ils sont heureux!
Nous pouvons tous deux,
Si tu le veux,
Être comme eux.

Six autres Français viennent après, vêtus galamment à la poitevine, trois en hommes, et trois en femmes, accompagnés de huit flûtes et de hautbois, et dansent les menuets.

SIXIÈME ENTRÉE

Tout cela finit par le mélange des trois nations, et les applaudissements en danse et en musique de toute l'assistance, qui chante les deux vers qui suivent:

Quels spectacles charmants, quels plaisirs goûtons-nous[/left
]!
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مصباح الامل سعيد
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